Acte de Dire III by Fiston Mwanza

Acte de Dire III

J’ai l’impression d’être une foule… Je porte le même nom que mon Père: MWANZA MUJILA. Je le loue ou l’emprunte, c’est selon, à mon Père. Il l’a aussi loué, pendant des années, à son grand-père. Le nom est un musée, mouvant. Un assemblage des rêves. Une architecture souterraine… Je suis donc accompagné par tous les MWANZA MUJILA quand je récite un texte. Ils sont avec moi sur scène- “auf der Bühne”, comme on dit en allemand- apportant leurs voix, leurs cris ainsi que tous leurs désirs d’espérance. Ils sont en moi. Ils parlent en moi. Ils parlent avec moi. Nous traînons la même énergie sidérale de répandre nos voix jusqu’aux quatre coins de la terre, de nommer les choses, de toiser le soleil.

A la famille s’ajoute le Congo. L’inverse est possible. Je transporte le pays partout où je marche. Je le porte dans la tête, le ventre et les jambes. Le Congo me colle à la peau à la manière d’une peste ou de la maladie du sommeil. Le pays (du haut de ses 2345409 kilomètre carré) sommeille en moi.

De solitude, je n’en meurs pas lorsque je défenestre la poésie de mon corps. Les multiples MWANZA MUJILA, le fleuve, les montagnes, les volcans décontenancés du Kivu, le soleil, la pluie participent à la scénographie. Ils explosent la scène et la scénographie. D’où l’urgence d’aboyer à ciel ouvert.

I feel like I am a crowd…I carry the same name as my father: Mwanza Mujila. I rent it or lend it, it depends, to my father. He also rented it, for years, from his grandfather. The name is a museum, a moving one. An assembly of dreams. An underground architecture…I am thus accompanied by all the Mwanza Mujilas when I recite a text. They are with me on stage – “auf der Bühne”, as they say in German–, bringing their voices, their cries as well as their desires of hope.  They are within me. They speak in me. They speak with me. We drag around the same sidereal energy to give out our voices to the four corners of the earth, to name the things, to look up and down the sun.

Congo adds to the family. The opposite is possible. I bring the country wherever I go. I carry it in the head, the stomach and the legs. The Congo sticks to my skin like a pest or the sleeping sickness. The country (with its 2345409 square metres) lies dormant in me.

Of solitude I will not die when I throw the poetry out of my body. The multiple MWANZA MUJILA, the river, the mountains, the disconcerted volcanoes of Kivu, the sun, the rain, participate in part of the scenography. They explode the stage and the scenography.  Hence the urgency to bark in the open air.